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Playbex (une vision de l’urbex)

Ces dernières années, avec les réseaux sociaux, « l’urbex » est devenu à la mode. Ou en tout cas plus grand public. D’une part car internet a facilité les échanges d’information, et peut-être pour des raisons sociologiques (dans une société ou tout est de plus en plus contrôlé ?) et économiques également. Mais, à mon humble niveau, je vais vous parler de mon expérience.

Quand j’étais petit, il y avait une usine abandonnée à quelques centaines de mètre du hameau de mémé, avec ces grands fourneaux, et je visitais également du côté de Verdun des forts dans des sites militaires non abandonnés avec ma tante. L’activité ne portait pas de nom. Depuis la nuit des temps l’Homme parcourt ce monde, explore et vit de folles aventures. Nous avons exploré le monde géographiquement, nous avons repoussé les limites du possible avec la découverte des terres sur le globe, les pôles, les fonds marins et l’espace que nous commençons seulement à appréhender, et nous avons voyagé dans le temps lorsqu’au XIXème siècle des romantiques pleuraient devant les ruines en Grèce, ou lors des premières missions archéologiques permettant de redécouvrir la civilisation des pharaons en Egypte. Notre monde est de plus en plus connu, et, dans nos sociétés du moins, nous avons plus d’opportunités et de liberté de voyager. Nous n’irons pas tous dans l’espace, mais quel sera notre terrain d’aventures ?

L’activité est aujourd’hui aussi bien pratiquée par des chercheurs d’adrénaline, des personnes qui aiment les interdits, des tagueurs, des récupérateurs de matériel, des photographes amateurs, des photographes qui vendent à des galeries d’art, des groupes de sortie en car, celles et ceux qui cherchent un statut social, des « teuffeurs », des brocanteurs et parfois de galeries parisiennes, des collectionneurs (regarde comment ma carte de « spots », dans le jargon ma »kmz », elle est grosse) et des mecs qui veulent se taper des petites nanas (comme ceux qui font de la musique, de la moto ou photo pour ce faire), ceci n’est bien sûr pas exhaustif. On me souffle dans l’oreillette qu’il faut que je parle absolument des amoureux du patrimoine (qui ne mettent jamais un euro dans un musée dont l’existence préserve un château parce que c’est trop cher), et n’oublions pas ceux qui font des videos de leurs exploits en motocross dans un château abandonné pour faire le buzz, les « buzzeurs », ou encore les sorties de rapprochement père-fils.

Le terme urbex pour « urban exploration » ou « exploration urbaine » a été bien détaillé par un canadien, Ninjalicious :

Cette image provient du magazine Infiltration, access all areas, où l’auteur dissocie 3 activités, l’infiltration, l’exploration urbaine et l’aventure urbaine, et les zones de recoupement. Je ne vais pas rentrer dans le détail.

Wikipedia (j’ai laissé les termes originaux en anglais) donne également cette définition suivante :

L’URBan EXploration ou exploration urbaine (souvent abrégé en urbex, UE, bexing, urbexing et parfois connu sous le terme d’intrusion des toits et tunnels) est l’exploration de structures artificielles, généralement des ruines abandonnées ou des éléments habituellement absents de l’environnement. La photographie et l’intérêt historique sont fortement décrits dans ce hobby et, bien que cela puisse parfois impliquer l’intrusion sur une propriété privée, ce n’est pas toujours le cas. L’Urbex peut également être connu sous le nom de cataphilie ou draining (une autre forme d’urbex où des carrières souterraines sont explorées), spéléologie urbaine, escalade urbaine, spéléologie urbaine, toiturophilie (ou roof-topping), ou encore intrusion (hacking) de bâtiments.

Actuellement sur les réseaux sociaux, ceux qui reprennent la blague du « tu connais la différence entre le bon et le mauvais chasseur » appliquée à l’activité parlent « d’urbaixe » pour se moquer de certains urbexeurs.

La première image que j’ai mis en haut de l’article, ayant une passion pour les églises, est pour rappeler que ces bâtiments sont souvent dangereux. Le sujet est souvent tabou, mais il y a de nombreux accidents en urbex, et l’activité devenant plus grand public et désormais concernant également des adolescents, on peut lire désormais des faits divers malheureusement parfois tragiques dans la presse…. Bref, la sécurité devrait toujours primer. Cela peut paraitre paradoxal ou hypocrite, puisque je fais un article sur le sujet et publie des photos, mais je n’incite sincèrement pas à pratiquer l’urbex, pas plus que je n’incite à copier mes périples dans la jungle ou dans certaines ethnies dans des endroits très reculés de la planète. Mais, probablement, peu auront l’occasion d’aller se balader dans la jungle.

Il arrive également qu’on puisse faire de mauvaises rencontres sur certains lieux, de ferrailleurs à des junkies, ou des personnes mal-intentionnées qui se disent qu’ils revendraient bien votre matériel photo (mais bon ça arrive en pleine journée en plein Paris aussi).

Et bien entendu l’activité est illégale, il peut très bien y avoir des gardiens, des chiens, ou les forces de l’ordre. Parfois exaspérés par les dégradations et vols qu’il y a pu y avoir sur certains sites. Bon parfois ils se déplacent plus rapidement que lorsqu’il y a des soucis là où j’habite….

Il existe de gros manuels qui parlent abondamment des diverses situations concernant la sécurité. Certains se cachent, certains vont discuter lorsqu’ils sont pris. Mais restons courtois. La courtoisie m’a permis de visiter des bâtiments que je n’aurais pas du visiter normalement. Récemment un gardien, « bon je ne vous ai pas vu », « nous non plus, bonne journée ». Parfois on tombe aussi sur des psychopathes et là ça ne sert à rien…

Cette longue introduction étant réalisée, je ne dissocie pas l’urbex de mes activités de photoreportages. J’aime explorer ce vaste monde. J’aime autant la nature, la culture, que les traces de l’homme à peine ou franchement effacées. J’ai toujours aimé les châteaux et les églises, abandonnés ou pas, et j’aime y passer du temps. Mon activité pro dans l’énergie me rend sympathique tout ce qui est centrale électrique, et certaines vieilles bâtisses me font penser comme la rencontre de certaines mamies dans des cultures éloignées à ma prime enfance quand j’allais chez ma grand mère dans un petit hameau perdu dans les Vosges. J’aime cette sensation surréaliste où l’on a l’impression d’être dans un épisode de Twilight Zone, où les personnes viendraient juste de disparaitre. Bon, le temps passant, les endroits étant pillés, cela m’arrive moins régulièrement aujourd’hui qu’avant de tomber sur des bulles temporelles.

Comme toute chose, chacun a sa motivation dans la vie pour occuper son temps.

Et chaque photographe rend hommage aux lieux à sa manière. Des photos d’architecture, au HDR pour certains, en passant par le nu classique au shibari, du smartphone au réflex pro ou à la gopro désormais (que ce soit pour narrer ses aventures sur youtube ou prouver que l’on est rentré sans effraction pour d’autres), voire pour certains endroits à la photographie via des drones. Pour ma part, je fais des photos dans moins de 30 % des lieux abandonnés que je visite, et publie encore moins, et parfois longtemps après la visite. Dans les expériences magiques, sans aucune photo, et cela reste toujours très personnel et dépendant de nombreuses circonstances, notons lors d’une sortie avec une amie dans les fins fonds du terroir français, un immense domaine autour d’un château. Je repère des ruines dans la forêt depuis la route, nous passons les fourrés non sans peine, et rentrons dans ces dépendances fort dégradées pour y trouver deux calèches. Il y a eu aussi cette sortie avec un couple d’amis après notre exploration d’une banque, nous sommes aller repérer un autre endroit où je n’aurai eu l’occasion d’y retourner faire des photos. La nuit était tombée, il y avait de la brume, et nous voilà à explorer un musée agricole abandonné remplissant plusieurs bâtisses. C’était surréaliste.

A force de lapins de modèles ou de compatibilité d’agenda, ou parce que je suis seul quand je me balade, et également parce qu’on a qu’une vie et qu’il est important savourer ces petits moments, j’ai développé une activité d’autoportrait en complément de ma série Nymphe (des nus en nature ou en urbex). Bon, cela a également fait parti au début d’une activité de photo-thérapie personnelle. Comme dirait un ami photographe, je dois être le seul photographe a avoir un sac d’accessoires plus grand que mon sac photo. On ne sait jamais ce que l’on va rencontrer et ce qui va émerger dans son esprit comme histoire à raconter. Je réalise moins de 10% de mes idées faute de temps, moyens, modèles ou assistant. Parfois je suis déprimé de ne pas réaliser ce qui bouillonne sous la cafetière.

Un gardien qui nous a sorti avec un ami juste après des autoportraits de nu dans une verrerie, n’a pas appelé la police, il a fait des photos avec son smartphone de moi dans ma tenue de jedi avec mon sabre laser. Parfois, être décalé, ça aide !

D’autres fois on rencontre des personnes qui nous racontent avec émotion l’histoire du lieu, parfois ils y ont travaillé ou ont une histoire particulière avec. Et c’est touchant, et dans ce cas, j’archive ces échanges. Mes amis me racontent leurs expériences aussi, et j’ai été ému de l’histoire de ce vieil homme qui a possédé des cimetières de voiture de la seconde guerre mondiale, et qui les rafistolait pour éviter qu’elles ne tombent en lambeau jusqu’à ce l’administration l’oblige à mettre un terme à tout cela….

Comme toute activité humaine, on fait parfois de belles rencontres, il y a bien entendu des « guerres de chapelle », et des « princes », les « bons chasseurs », ceux qui expliquent que les autres ne devraient pas avoir le droit de faire ce qu’eux même font. Bref, tout comme dans le monde réel (un peu comme les donneurs de leçon Hollywood dont on découvre le comportement avec une série de scandales aujourd’hui).

Je vous propose de regarder quelques uns de mes autoportraits, j’espère qu’ils vous feront voyager. Quand je fais ces images, dans ma tête je suis dans un film. J’ai bien envie d’appeler l’activité « playbex »  pour rajouter à la longue liste d’acronymes, ou « cinébex ». Quoiqu’il en soit, certaines de mes images ont fortement été plébiscitées, et parfois je suis fortement insulté, bref cela a le mérite de ne pas laisser indifférent. Donc, mon conseil, c’est n’oubliez pas que c’est votre vie et que vous faites les choses pour vous. Ne vous rendez pas malade parce qu’un inconnu vous a « agressé » sur des « réseaux sociaux ». Je suis heureux pour ma part de m’être amusé à faire ces images, et du temps partagé avec des amis avec qui je me suis baladé quand j’étais accompagné.

Une de mes images qui a le plus marché a été prise en Asie, dans un cimetière d’avion, c’était l’été, j’étais seul, l’avion était un four à plus de 40°, il a fallu ramper dans la cabine, il n’y avait pas de place, j’ai pris la photo à l’ultra grand angle, l’appareil collé contre moi, on a l’impression que je hurle, mais c’est de la photo, il y a avait la police en dessous et je ne faisais pas de bruit en réalité. Une autre des images, je suis en cosplay du personnage de Watchmen, Rorschach, personnage que j’affectionne pour être fidèle à ses principes. Les autorportraits où je ne voyais rien du tout avec le masque et où je n’avais pas d’assistant ont été compliqués à réaliser, je regardais également quand expirer pour qu’on voit mon souffle dans l’air froid d’hiver en comptant quand l’intervalomètre allait se déclencher. L’image sur le tank, j’avais pris avec moi un smoking, et je me jouais un film de James Bond dans ma tête. Dans une église je trouve une couronne sans épines, j’ai des LEDs sur moi et de la paillette dorée pour ma barbe, l’image jaillit dans mon esprit. J’espère que cela vous divertira :

 

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